Faisons un calcul basé sur les données du post précédent, prenons les fourchettes hautes et basses :
[1] Livre format simple, 1 couverture illustrée, 250 pages, 300 exemplaires édités
-> Un livre coûte 3 euros à imprimer (=> 3 x 300 = 900 euros) + couverture à 400 euros = 1300 euros.
[2] Livre format cartonné, 1 couverture + illustrations intérieures, 300 exemplaires édités
-> Un livre coûte 8 euros à imprimer (=> 8 x 300 = 2400 euros) + couverture à 500 euros + illustrations intérieures pour 300 euros = 3200 euros.
Le prix de vente sera calculé selon : (prix total / nombre exemplaires) * 5 =>
Pour [1] cela fait (1300 / 300) * 5 = 21 euros (oups!)
Pour [2] cela fait (3200 / 300) * 5 = 53 euros (oups!)
Pourquoi "oups" ? Parce qu'un format simple de 250 pages se vendra entre 12 et 18 euros généralement. Et parce qu'un format cartonné se vendra généralement entre 22 et 28 euros.
=> dans ces 2 cas, on voit que l'éditeur doit rogner sur toutes les marges : 28% en moyenne pour [1], 47% en moyenne pour [2] !
Il faut aussi prendre en compte que ce prix affiché est TVA comprise, laquelle TVA sera ponctionnée par l'état en fin d'année, donc si vous avez vendu pour 10 000 euros nets de livres à la fin de l'année, l'état empochera 19,6% soit 1960 euros d'impôts.
Il faut aussi prendre en compte l'impôt sur les sociétés qui varie selon le chiffre d'affaires, environ 15% pour les PME, 33,33% pour les plus grosses, disons donc que l'état ponctionne encore 15%, soit 1500 euros sur ces 10K.
Notre ME qui a donc vendu pour 10 000 euros, se retrouve avec 10 000 - 1960 - 1500 = 6540 euros => pas de quoi salarier quelqu'un très longtemps.
Calcul global
Quel bénéfice brut est dégagé de la vente d'un livre :
Pour [1], il faut compter 18 - (1300 / 300) = 13,60 euros
Pour [2], il faut compter 25 - (3200 / 300) = 14,30 euros
Autre point, le distributeur (celui qui envoie les livres aux librairies) prend 10% de la vente d'un livre :
Pour [1], on a donc 16,60 - 1,8 = 14,80
Pour [2], on a donc 14,30 - 2,5 = 11,80
Autre point, la librairie qui vend le livre prend 15% du prix de vente :
Pour [1], on a donc 14,80 - 2,70 = 12,10
Pour [2], on a donc 11,80 - 3,75 = 8,05
Si on intègre donc les impôts (15%):
Pour [1], on a donc 12,10 - 2,70 = 9,40 euros
Pour [2], on a donc 8,05 - 3,75 = 4,30 euros
Si on intègre la TVA (19,6%):
Pour [1], on a donc 9,40 - 3,52 = 5,87 euros
Pour [2], on a donc 4,30 - 4,9 = -0,60 euros !
Il faut encore payer les auteurs (6%):
Pour [1], on a donc 5,87 - 1,08 = 4,79 euros
Pour [2], on a donc -0,60 - 4,9 = -5,50 euros
On conclut donc que le premier projet est viable mais le second ne l'est pas. Ensuite, si on veut se verser un salaire de 2000 euros par mois (ne considérons pas que l'état touche quelque chose là-dessus), combien de livres faut-il vendre?
Pour [1] => 2000 * 12 / 4,79 = 5010 exemplaires, autant dire un très bon chiffre. La plupart des livres se vendent entre 100 et 500 exemplaires par an.
=> Il faut donc au moins 10 titres pour "espérer" survivre, et encore c'est un calcul "très" optimiste.
Voilà, pour le projet [2], il faudra donc réduire le coût des illustrations et rester sur un prix haut. On trouve pour des formats cartonnés édités pour de bons auteurs (Jaworski par exemple) des pris de l'ordre de 36 euros le livre et 25 euros pour un pavé de SF.
Pourquoi les folio SF coûtent environ 10 euros -> parce que leur éditeur traduit ces livres en plusieurs langues et les expose dans de très nombreux points de vente (un petit éditeur expose dans environ 200 librairies partenaires, et encore ... pas tous ses titres)
Il faut aussi ajouter que ce qui ne se vend pas est renvoyé à l'éditeur, obligé de brader son stock pour en tirer le moins de "négatif" ou "passif" possible.
Donc, à la question des auteurs : pourquoi ne touche-t-on que 6%, ce calcul qui n'inclue pas encore toutes les sommes à retirer au prix du livre devrait déjà bien renseigner ... la ME que l'on accuse souvent de faire beaucoup de profits (si, si ! j'ai rencontré plusieurs auteurs auto-édités qui crachaient sur les profits exorbitants de la ME ...) est en fin de compte souvent perdante. C'est beaucoup de risque et beaucoup de travail pour survivre aujourd'hui.
En tant qu'auteur, si vous réussissez à vendre pour X euros de livres, sachez que l'état vous réclamera au moins le 1/3 de cette somme en impôts ...
Mais alors, est-ce la fin pour autant ? Non, il reste l'édition numérique, sur laquelle on retire les frais d'impression et les frais de diffusion. Si des plateformes comme Amazon ponctionnent 36% du prix du livre (oui, oui, plus du tiers juste pour assurer l'exposition du livre et sa vente ... c'est très cher!), d'autres plateformes prennent un peu moins et permettent de verser entre 40 et 60% du prix du livre à l'auteur, ce qui est déjà bien mieux pour lui.